Restaurant «Zum Tell»

Industrie hôtelière
Espace Mittelland
Exemple pratique Restaurant zum Tell

Comment l'intégration s'est-elle déroulée? (point de vue de l'employeur)

Nous avons déjà employé des personnes en situation de handicap dans la plupart des entreprises où j'ai travaillé. Ici, au restaurant «Zum Tell», nous encourageons également un environnement de travail inclusif. Nous sommes certifiés pour cela par Impulse avec le label iPunkt. Lors d'une manifestation de iPunkt, nous avons été approchés par la Fondation Rheinleben, qui soutient les personnes ayant des problèmes psychiques. Le coach de la fondation nous a demandé si nous voulions offrir à Monsieur P. une place de formation AFP en tant que cuisinier. Nous avons organisé une première rencontre. Je me souviens très bien de cet entretien, au cours duquel M. P. est apparu très réservé et plutôt renfermé. Nous nous sommes décidés néanmoins pour une semaine d'essai. Pendant cet essai, nous avons senti que M. P. aspirait absolument à ce lieu de formation. Voilà pourquoi nous l'avons choisi, et aussi parce que nous avons vu le potentiel qu'il avait en lui.

Comment l'intégration s'est-elle déroulée? (point de vue de l'employé)

Ma mère est morte d'un cancer quand j'avais 14 ans. Mon père était dépassé par les événements et le KESB (organe de protection de l’enfance) a décidé qu'il valait mieux que je sois placé dans un internat.

Je faisais souvent des travaux de vacances dans les cuisines et j’étais occupé dans une cuisine une fois par semaine. Pour moi, ça a été la révélation que je voulais apprendre le métier de cuisinier. Au début, il était question que je commence un apprentissage de cuisinier chez GAW, Gesellschaft für Arbeit und Wohnen, à Bâle. Mais plus tard, les responsables ont conclu que j'aurais aussi de bonnes chances sur le marché du travail ouvert. Puis on m'a proposé une semaine d'essai au restaurant «Zum Tell», une occasion que j'ai tout de suite saisie.  Pendant la semaine d'essai, j'ai fait de gros efforts, parce que je voulais vraiment ce travail. J’ai pu alors y commencer ma formation en vue d’une attestation AFP. J'ai eu de la chance d'obtenir ce poste au «Zum Tell».

Exemple pratique Restaurant zum Tell

Dans l’entreprise, la fixation de la période d'essai, de la charge de travail et des horaires était la même pour M. P. que pour tout autre employé. Ce «traitement normal» s’est aussi traduit par des situations difficiles: la cuisine est comme un sport d'équipe – dans les situations de stress, il faut s'harmoniser presque à l’aveugle. Pour notre petite équipe de trois personnes, par exemple, les difficultés de communication et de concentration étaient un défi. Mais nous avons toujours pu compter sur le soutien de l'autorité de surveillance de l’apprentissage et sur le personnel d’encadrement au domicile de M. P. En dehors de l'entreprise, celui-ci a bénéficié d'un soutien de plusieurs côtés. Lors d’un entretien commun, on a compté au début un total de huit référents et coaches, ce qui a déstabilisé M. P. Ce nombre a ensuite été réduit.

L’office AI m'a soutenu dans le cadre de ma formation professionnelle initiale (conformément à l'art. 16 LAI). Au départ, il s'agissait d'une orientation professionnelle et d'une aide pour trouver une place d’apprentissage. Plus tard, j'ai eu moins besoin du soutien direct de l'AI et de mon coach d’accompagnement. J'ai beaucoup profité du logement protégé dans l'immeuble résidentiel Alemannengasse de la BSB (Bürgerspital Basel). En particulier mon contact direct, Jan Kropf, m'a apporté une grande sécurité et m'a beaucoup soutenu. J'ai également reçu l’appui de l'équipe du bâtiment résidentiel dans la zone de l'école, par exemple pour le travail d’approfondissement.

Expérience personnelle (point de vue de l'employeur)

Nous recommandons d'approcher l’employé en difficulté avant tout sur le plan humain. Il n'est pas nécessaire de connaître toute l'histoire de sa maladie, mais il importe d'apprendre à connaître son environnement et d'être informé de sa situation personnelle. C'est la seule façon pour les employeurs et les équipes de réfléchir ensemble aux comportements du sujet dans certaines situations et de les catégoriser. Cela demande un certain effort, mais c'est une source de satisfaction. Nous sommes fiers de la façon dont M. P. a progressivement pris ses fonctions, s'est ouvert aux autres et a contribué à façonner l'esprit d'équipe. Pour couronner le tout, il a terminé la partie pratique de son apprentissage avec la note 5,3. Il a énormément progressé, au point que dès la première année de son apprentissage, il était déjà plus avancé que beaucoup d'autres.

Si vous vous intéressez sincèrement aux gens, cela crée de la confiance. Monsieur P. a gagné cette confiance par lui-même.

Expérience personnelle (point de vue de l'employé)

Pour moi, le partage des horaires de travail a été le plus grand défi. De plus, les journées de travail étaient souvent très longues et j’ai dû m'y habituer. Ce qui me dérangeait le plus était que mes horaires de travail m’empêchaient souvent de voir mes collègues.

Dans le travail quotidien, je n'étais parfois plus considéré comme un stagiaire, mais comme un employé normal faisant partie intégrante de l'équipe. On m'a accordé beaucoup de confiance et de responsabilités, parfois trop. Mes deux années chez Tell ont été pour moi une école rigoureuse, mais je me sens maintenant bien préparé pour le marché du travail primaire. Mon maître d’apprentissage m'a beaucoup aidé dans l’acquisition de mes connaissances techniques et en partie aussi pour ma formation générale. Il a beaucoup exigé de moi, tout en m’accordant une grande confiance. Après cette formation, j'ai commencé un apprentissage CFC de cuisinier, que j'apprécie énormément.